Il s’agit du nombre de sites d’urbanisme transitoire créés sur la métropole de Lyon entre 2016 et 2025, d’après l’Atlas du même nom (Grand Lyon, 2025). Du côté de l’Île-de-France, on en a compté 227 entre 2012 et 2020, dont un pic de 30 à 40 opérations par an dans la période la plus récente, selon l’Institut Paris Région (Note rapide, 2022). Apparue au début des années 2010, cette typologie d’opérations a donc désormais acquis une certaine notoriété et mérite d’être mise en lumière auprès des porteurs de projets immobiliers en raison de son caractère stratégique et de son intérêt sociétal.
En effet, par « urbanisme transitoire », on entend des opérations certes temporaires – mais non éphémères, puisque pensées sur plusieurs années – qui visent à anticiper les évolutions d’un site concerné par une opération immobilière en proposant une occupation « tactique » des lieux vacants, car destinés à une transformation ou une démolition future. Ceci permet, de prime abord, une économie en coûts de gardiennage tout en éliminant le risque de dégradations du bâti, notamment par des squats. L’occupation permet aussi quelques rentrées financières, par des baux à prix modique pour des sites mis à disposition en l’état – le bailleur n’ayant qu’une obligation de conformité aux normes de sécurité.
Le cadre juridique de cette occupation temporaire a été consolidé par la loi ELAN en 2018, et pérennisé en 2023. Il précise le régime de conventionnement des bâtiments qui sont mis à disposition auprès d’un organisme ou d’une association de gestion agréés par l’Etat pour une durée de 3 ans renouvelables, et ce sont ces gestionnaires qui doivent alors organiser l’occupation par des contrats de résidence de courte durée, avec ou sans redevance selon les cas.

Cette occupation permet aussi de tester des options d’usage qui peuvent, en cas de robustesse dans le temps, devenir définitives et occuper le futur bâtiment de manière pérenne – donc d’économiser la recherche de preneurs.
Il s’agit cependant aussi, ce faisant, d’un outil réflexif, voire d’un laboratoire utile sur l’évolution urbaine, conforme aux objectifs ESG des entreprises, puisque ces actions contribuent à lutter contre la vacance immobilière dans un contexte de pression foncière accrue et de besoins en logement. En effet, la plupart de ces sites bénéficient à des acteurs de l’économie sociale et solidaire, à de l’hébergement d’urgence (plus de 580 personnes « mises à l’abri » à Lyon par cette solution transitoire), ou bien à des ateliers d’artistes, ou encore à des start up aux moyens limités et ayant besoin d’une première domiciliation d’entreprise. Cela permet donc une certaine souplesse dans le temps et les surfaces d’occupation, aidant ainsi à produire une ville « malléable » ou « flexible », adaptée à des usages eux-mêmes temporaires (Reville, 2023). Des réflexions permettent même d’intensifier l’occupation des lieux selon le principe de « chronotopie », ou d’optimisation des temps d’utilisation en fonction de plusieurs types de publics à la fois (ex: bureaux + logements).
La recherche sur ces opérations est ainsi en essor, et l’ESPI a eu le plaisir de conventionner, à Lyon, avec MaFricheUrbaine, opérateur de l’urbanisme transitoire, tout en travaillant avec Plateau Urbain dans le cadre de la Convention des entreprises pour le climat, parcours Bâtiment et immobilier, au cours de l’année 2025-2026.