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Le Chiffre de la Semaine : 42%

Le Chiffre de la Semaine : 42%

Quarante-deux pour cent. C’est la part des habitants de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) vivant sous le seuil de pauvreté en 2021, selon l’Insee (base INSEE Filosofi 2024 et Rapport d’observations définitives. Exercices 2016 et suivantsChambre régionale des comptes Île-de-France, Commune de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), délibéré le 18 avril 2024). Un chiffre exceptionnellement élevé : près d’un habitant sur deux perçoit un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national, soit environ 1 100 € par mois pour une personne seule.


Ce taux place Clichy-sous-Bois parmi les trois communes les plus pauvres de France métropolitaine, un rang qu’elle occupe déjà depuis le début des années 2000. En 2015, la pauvreté y concernait encore 45 % des ménages, et les estimations issues des séries antérieures (2001-2011) montrent un niveau proche. Autrement dit, malgré deux décennies de rénovation urbaine, le taux de pauvreté n’a pratiquement pas reculé (Lurquin, A. (27 octobre 2025). Malgré 20 ans de rénovation urbaine, Clichy-sous-Bois reste la troisième ville la plus pauvre de l’Hexagone, [Les documents Franceinfo], Radio France).


Depuis vingt ans, la ville a pourtant profondément changé : réhabilitations massives de logements, arrivée du tram T4, construction d’équipements publics, et bientôt la ligne 16 du Grand Paris Express.

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Lopez, P. (4 février 2020). Le quartier du Chêne Pointu [Photographie], AFP.com, Clichy-sous-Bois.

Mais les effets sur la composition sociale restent limités. Les ménages dont les revenus progressent quittent le quartier pour accéder à des secteurs plus valorisés, remplacés par d’autres ménages plus modestes attirés par des loyers encore abordables. La mixité, au sens de coexistence durable de groupes sociaux différents, n’y parvient pas à se stabiliser.

Cette logique s’explique par les mécanismes décrits dans le chapitre « Mixités » écrit par Marion Girard (ESPI Lille) et Marie-Noëlle Lefebvre (ESPI Paris) dans l’ouvrage Les grandes notions de l’urbanisme pour les métiers de l’immobilier, Ed. Dunod, 2024, pp. 126-135.

La ségrégation socio-spatiale naît d’abord de la concurrence pour l’usage du sol : les ménages les plus aisés sont prêts à payer plus cher pour accéder aux localisations les plus valorisées, dotées d’aménités (transports, écoles, espaces verts). À l’inverse, les ménages modestes se concentrent dans les zones où le foncier reste abordable, souvent éloignées ou stigmatisées.
À cette logique économique s’ajoutent les effets de voisinage : la réussite scolaire, l’accès à l’emploi et la qualité des réseaux sociaux dépendent fortement du quartier de résidence. Vivre dans un espace très pauvre limite les opportunités, et freine la mobilité sociale.

Les politiques de mixité sociale cherchent à casser ce cercle vicieux : en diversifiant l’habitat, en attirant des ménages aux revenus moyens, elles visent à réintroduire de la diversité. Mais comme le souligne le chapitre, cette mixité n’est jamais un état stable : elle est une phase transitoire, susceptible d’évoluer vers la gentrification (si les prix montent trop) ou vers un retour à la paupérisation (si les ménages aisés repartent).

C’est précisément ce que montre Clichy-sous-Bois. Malgré les investissements publics massifs, la ville n’a pas encore trouvé de point d’équilibre. Les habitants qui réussissent partent, ceux qui arrivent sont plus précaires : le territoire se renouvelle, mais le profil social reste le même.

Vingt ans après la mort de Zyed Benna et Bouna Traorépoint de départ des émeutes urbaines de 2005, Clichy-sous-Bois reste un symbole des promesses et limites de la rénovation urbaine : des immeubles neufs, un tramway, bientôt le métro ; mais une mixité qui ne se maintient pas, faute d’emplois, de perspectives et d’image valorisante du quartier.