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Le Chiffre de la Semaine : 427 000

Le Chiffre de la Semaine : 427 000

Il s’agit, selon le programme Zéro logement vacant du Ministère de la ville et du logement, du nombre de logements structurellement vides et situés en zone tendue – soit environ un an de besoin en production de logements neufs (ZLV, 2026).

Il convient de bien comprendre ce nombre : en effet, la question de la vacance est devenue un sujet politique, car l’existence de logements vides interpelle à l’heure d’une pénurie en logements disponibles et d’un déficit manifeste en production neuve. Cependant les sources, ainsi que les interprétations, varient autour de ce phénomène.

Tout d’abord, le calcul dépend de la méthode retenue. L’INSEE propose, historiquement, une estimation fondée sur le non-usage constaté du logement lors des opérations de recensement, avec une mise à jour tournante sur 5 à 6 ans (INSEE, 2025). Son chiffrage, qui s’élève à 7,7% du parc soit 3 millions de logements vacants, inclut tous les types de vacance, qu’il s’agisse d’une attente de vente ou de location, d’une succession, d’une attente spéculative ou d’un logement vétuste laissé hors marché. De son côté, le Ministère utilise les fichiers LOVAC du CEREMA, qui constatent la vacance d’un point de vue fiscal : soit un logement habitable (au sens de la décence), mais non meublé ni déclaré en résidence secondaire, vide d’habitants au moins 9 mois par an, et non soumis à la taxe d’habitation (ZLV, 2025). Cette acception, plus restrictive mais plus précise, en ce qu’elle exclut les logements les plus brièvement vacants, permet de chiffrer la vacance à 7,2% du parc national, soit 2,38 millions de logements.

Dans les deux cas, après avoir baissé (en proportion) jusqu’en 2007 puis augmenté en continu jusqu’en 2020, la vacance est désormais à nouveaux orientée à la baisse.

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La discussion porte cependant aussi sur la nature de la vacance et son caractère potentiellement évitable. De fait – et c’est une idée à rappeler avec constance – tout logement vacant n’est pas disponible, ni récupérable. Il faut distinguer au moins trois types de vacance. La vacance conjoncturelle, ou « frictionnelle », correspond tout d’abord au besoin de fluidité du marché pour offrir en continu des biens à vendre, à louer ou à rénover aux ménages en mobilité. Cette vacance nécessaire, d »environ 4 à 5% du parc, représente selon les territoires entre la moitié et les 2/3 du volume vacant identifié par l’INSEE, soit 1,7 millions de logements à échelle nationale qui ne sont donc pas récupérables, puisqu’en cours d’occupation.

Reste une vacance dite « structurelle », soit des logements durablement vacants sur plus d’un an selon le SDES (2023), voire plus de deux ans dans les fichiers LOVAC, ce qui représente environ 1,2 à 1,3 millions de logements. Là encore, tous ces logements ne sont pas récupérables : il faut distinguer des logements vacants en zone rurale, souvent anciens et/ou de petite taille voire vétustes, avec une demande généralement faible et un déficit de services et d’emploi qui rend leur récupération complexe, sinon inutile. Voir à ce sujet la récente critique de Jean Boisvieux et Bernard Coloos (Terra Nova, 2026).

En revanche, le programme Zéro logement vacant pointe du doigt les 427 000 logements structurellement vacants en zone tendue, y compris au cœur de la métropole parisienne : des logements qui, s’ils étaient remobilisés, trouveraient donc sans délai un preneur. Entre attente spéculative, possession distante et/ou désintérêt de la part de multi-propriétaires aisés, mais aussi lenteur successorale ou méconnaissance des dispositifs de rénovation, il reste donc une marge d’action à envisager sur la vacance, quand bien même elle ne saurait effectivement résoudre tous les besoins à elle seule.