Il s’agit, cette semaine, de la part du budget des ménages consacrée au logement pour l’année 2023… un indicateur aussi simple en apparence que redoutable en réalité!
En effet, la fourchette indiquée, soit entre 1/4 et 1/5e des revenus, révèle des disparités de calcul selon la méthode retenue. L’INSEE va ainsi parler de taux d’effort net en logement (20,5% en moyenne du revenu des ménages, 22,1% en médiane), soit l’ensemble des dépenses : charges, taxes, factures énergie et fluides, travaux, assurances, loyers ou remboursements d’emprunts, selon les cas, dont on déduit toutes les aides au logement éventuelles (APL, chèque énergie, etc.), le tout rapporté aux revenus avant impôt et hors aides au logement (INSEE, 2025).
D’autres calculs, plus économétriques, intègrent dans les dépenses de logement des « loyers imputés » aux propriétaires occupants, c’est-à-dire une somme qu’ils percevraient pour l’occupation de leur logement s’ils ne l’habitaient pas ou, à l’inverse, qu’ils auraient à verser s’ils n’étaient pas propriétaires (Briant, 2010; Driant & Jacquot, 2005). Ce contrefactuel met en évidence un montant masqué, donc un coût/bénéfice indirect, mais aux effets bien réels pour les ménages propriétaires – et qui revient d’ailleurs régulièrement dans l’actualité en tant que manne fiscale potentiellement imposable, puisque c’était le cas jusqu’en 1965 (OFCE, 2024)!
Ce loyer imputé peut être estimé d’après les conditions de marché (loyers équivalents du secteur locatif) ou bien par le rendement issu du placement financier équivalent à la valeur du bien. C’est ainsi que l’on obtient entre 25 et 27,3% de la dépense en consommation finale des ménages, en moyenne (INSEE, 2024).

Pour autant, cette valeur centrale masque trois autres réalités. La première est la grande disparité des coûts du logement selon les types de ménages. Pour reprendre le premier indicateur, en taux d’effort net médian, le coût varie entre 10,7% pour les propriétaires non-accédants et 29,6% pour les locataires du secteur libre, donc du simple au triple. Il varie presque dans les mêmes proportions pour les couples sans enfants (14%) vs. les personnes seules (27,9%) ou les familles monoparentales (24,7%), et les écarts se sont creusés avec le temps.
Autre réalité : pour l’ensemble des ménages, les coûts du logement ont été multipliés par 2,5 entre 1960 et 2018, toujours en proportion des revenus (SDES, 2018). Le poids du logement est donc devenu le premier poste de dépense des ménages – et de loin – depuis les années 1980, l’alimentation n’arrivant qu’à 16% de la dépense en consommation finale. Les débats sur l’abordabilité du logement sont donc devenus centraux dans la crise actuelle du secteur.
Enfin, dernière réalité : le logement ne peut se penser sans ses contraintes de localisation, si bien que certains chercheurs prônent plutôt le calcul d’un « coût résidentiel », additionnant les coûts du logement et les coûts de mobilité, autre dépense contrainte pour pouvoir accéder à l’emploi et aux biens de consommation (CEREMA, 2018 et 2015; Marne, 2022). Dans le périurbain, les coûts de déplacement peuvent ainsi dépasser ceux du logement, et des ménages en apparence hors de la sphère de la pauvreté (double emploi, propriétaires occupants, 2 voitures) se retrouvent ainsi rapidement en précarité en cas de modification de leur équilibre économique : hausse du gaz ou de l’électricité, de l’essence, des matériaux, etc.). Un éclairage qui s’est trouvé très utile pour expliquer la période des Gilets jaunes, en particulier!