Il s’agit du nombre de sites patrimoniaux remarquables, tels que recensés par le Ministère de la culture (2026). Cette servitude d’utilité publique concerne des quartiers ayant un caractère historique et culturel nécessitant des mesures de préservation, souvent aux abords des 45 684 monuments historiques classés en France (voir la base Mérimée à ce sujet). La mesure, instaurée en 2016, regroupe d’anciens périmètres que le législateur a souhaité harmoniser (ZPPAUP, AVAP, secteurs sauvegardés au titre de la loi Malraux).
Un site patrimonial remarquable est porté par un Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV), mené sous la conduite de l’Architecte des bâtiments de France. Ce PSMV a pour particularité de faire non seulement un recensement à valeur diagnostique des bâtiments et du paysage urbain, mais aussi d’établir des règles strictes quant à l’implantation des bâtiments, à leurs matériaux, leur volumétrie et leurs abords, ainsi que des règles de conservation pour les plus stratégiques d’entre eux.
Cependant, pour éviter le caractère parfois arbitraire des périmètres de protection instaurés autour des monuments historiques (ex: règle des 500m de rayon), l’élaboration du PSMV des sites patrimoniaux remarquables est mise en discussion au sein d’une Commission locale, composée de représentants élus, d’associations locales et de personnalités qualifiées. Cette commission peut émettre des avis qui ont pour effet d’adapter les règles à l’existant : priorisation de certains critères architecturaux ou culturels plutôt que d’autres, liés à l’usage des lieux ; instauration de règles de co-visibilité, plutôt que de distance ; bref une approche plus fine du territoire, traduite dans un document graphique à valeur prescriptive qui s’impose en conformité au PLU. Une convention de coopération régit même les études préparatoires, partagées entre les services de l’Etat et les communes concernées. Cette démarche traduit surtout le changement de paradigme qui s’est opéré en quelques décennies en matière de protection du patrimoine et de zonages : pour reprendre les termes de Maria Gravari-Barbas, tenus durant sa conférence introductive à la journée d’étude n°11 du laboratoire ESPI2R en mai 2025, on ne considère plus seulement la « ville de pierre » ou le bâtiment lui seul, dans ses caractéristiques esthétiques et architecturales, mais une « ville des gens » (City of People), où le patrimoine est aussi la sédimentation historique des usages et des représentations urbaines par ses habitants. La prise en compte du social permet alors aux zonages de devenir plus adaptatifs et plus souples, dans la logique actuelle de réutilisation, densification et transformation sobre de l’urbain. Ce sujet se retrouve, entre autres, dans notre programme de recherche Herentrep financé par l’ANR et animé à l’ESPI par notre collègue Laura BROWN (ESPI Bordeaux).